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30 novembre 2011 

VIH: «Je porte le virus en moi comme un secret»

Source: Tribune de Genève du 30 novembre 2011


Quelques jours avant la journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre, une jeune maman séropositive a accepté de nous raconter son combat contre la maladie.

Zawadi* est séropositive. Assise sur un canapé en cuir, elle tient dans ses bras sa fille de 5 mois. «Maïsha*, c'est mon petit miracle à moi» confie-t-elle. Cette jeune maman trentenaire est d'origine congolaise. Clandestinement, elle a franchi la douane de Cornavin il y a six ans pour fuir les violences de son pays où elle a été enlevée puis battue, emprisonnée et violée. «Les gardiens venaient me chercher la nuit et les agressions sexuelles étaient presque quotidiennes» explique-t-elle.

Son calvaire prend fin lorsqu'elle touche le sol helvétique. Mais elle porte en elle une marque indélébile des sévices subis. Une semaine après son arrivée au bord du Léman, elle découvre sa maladie lors d'un contrôle médical. «J'ai enfin compris pourquoi tout mon corps me faisait souffrir, pourquoi mes membres étaient gonflés. J'ai d'abord pensé que je ne méritais pas ça. J'étais mortifiée et j'avais honte: pour moi le sida c'était pour les adultes ou les prostituées, moi je n'étais qu'une enfant.»

Le poids du secret

Zawadi obtient un permis de réfugiée politique et en même temps un traitement intensif. Minimum vingt comprimés par jour. «Les médecins ont mis du temps à trouver les médicaments efficaces pour moi. Je gardais espoir, mais j'étais si malade! Je vomissais sans arrêt». Aujourd'hui, le virus est considéré comme «indétectable» dans son sang. «Mais je reste séropositive. Je porte le virus en moi comme un secret». Impossible pour la jeune femme de se confier à ses amis. «Quand les gens savent, ils nous perçoivent différemment. On est rejeté, exclu, c'est insupportable. J'en ai déjà fait l'expérience.»

Alors elle se tait et tente de mener une vie normale avec son mari qu'elle a rencontré à Genève. «Quand on a le virus, ça soulage de se sentir aimée». Chaque semaine, elle rejoint le groupe de parole dédié aux femmes dans le local du groupe Sida Genève. Cette "bouffée d'oxygène" lui permet de libérer ses angoisses, ses craintes. Il y a cinq mois, elle a réalisé son vœu le plus cher en donnant naissance à une petite fille en parfaite santé. «On peut dire que je reviens de loin» conclut-elle.

*prénom d'emprunt

Les migrantes particulièrement touchées à Genève

Pas d'épidémie de sida à Genève. Comme dans le reste de la Suisse, les chiffres sont stables: à la fin de l'année, une soixantaine de personnes auront découvert leur séropositivité dans le canton. Mais on observe une augmentation des cas chez les personnes migrantes originaires d'Afrique subsaharienne. Au 30 septembre 2011, 36.4% des tests positifs touchaient des personnes de cette zone géographique.

Joséphine, médiatrice culturelle à Sida Genève, va chaque jour à la rencontre des populations migrantes, principalement d'Afrique. «Avec un collègue, je me rends dans des lieux comme les salons de coiffure ou en boîte de nuit, parfois jusqu'à trois heures du matin!» s'amuse-t-elle. La prévention est son objectif principal. Mais elle tente aussi de délier les langues. «En Afrique, le sida est la seule maladie qui provoque un pareil rejet. Lorsque ces personnes arrivent à Genève, le tabou est très présent. Les liens à l'intérieur des communautés sont très forts, tout se sait. Alors les personnes malades gardent le silence» explique-t-elle. Depuis peu, elle co-anime le groupe de parole auquel participe Zawadi. «C'est un moyen pour ces femmes de parler. De tout et de rien, de choses légères! Ça fait du bien quand on porte quelque chose de lourd en soi.»


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